En Guyane française, les îles du Salut forment un archipel de trois îles situé au large de Kourou : l’île Royale, l’île Saint-Joseph et l’île du Diable. Elles se trouvent à environ 14 kilomètres de la côte, à proximité du Centre spatial guyanais. Bien qu’elles soient géographiquement rattachées au secteur de Kourou, elles dépendent administrativement de la commune de Cayenne.
Leur nom remonte à l’expédition de Kourou de 1763-1765. L’opération de colonisation française tourne au désastre sous l’effet des maladies, de la faim et de conditions sanitaires catastrophiques. Des survivants se réfugient sur le petit archipel, alors connu sous le nom d’« îlets au Diable », où les conditions sont plus salubres que sur le continent. C’est de cet épisode que vient l’appellation d’îles du Salut. Il ne s’agissait donc pas, comme on le lit parfois, d’un refuge créé pour des chercheurs d’or.
À quelques kilomètres de la côte de Kourou, ces îles couvertes de végétation tropicale sont aujourd’hui un site historique et touristique majeur de Guyane. Leur apparence contraste avec leur passé : pendant près d’un siècle, elles ont constitué l’un des principaux ensembles pénitentiaires du bagne de Guyane.
Les îles du Salut : Royale, Saint-Joseph et l’île du Diable
Les trois îles appartiennent au même archipel, mais elles n’avaient pas la même fonction dans l’organisation pénitentiaire et elles ne présentent pas aujourd’hui les mêmes conditions d’accès.
| Île | Rôle historique principal | À voir | Accès du public |
|---|---|---|---|
| Île Royale | Centre administratif du bagne et principal lieu de détention de l’archipel | Hôpital, chapelle, quartiers pénitentiaires, ancienne maison du directeur, chemins et vestiges du bagne | Oui |
| Île Saint-Joseph | Réclusion cellulaire et sanctions disciplinaires | Cellules, bâtiments de la réclusion et vestiges envahis par la végétation | Oui, lorsque les conditions de mer permettent le débarquement |
| Île du Diable | Déportation, notamment de prisonniers politiques | Maison de Dreyfus et installations pénitentiaires historiques | Non, l’accostage est interdit au public |
L’île Royale
L’île Royale est la plus grande des trois îles et constitue le principal point d’arrivée des visiteurs. À l’époque du bagne, elle regroupait l’administration pénitentiaire, les logements des surveillants, une caserne, un hôpital, une chapelle, des ateliers ainsi que différents quartiers destinés aux condamnés. L’ancienne maison du directeur et plusieurs bâtiments historiques permettent encore de comprendre l’organisation du pénitencier.
C’est également l’île qui possède les infrastructures d’accueil les plus développées. Des sentiers permettent d’en faire le tour et d’observer l’île du Diable depuis plusieurs points de vue. Une partie des constructions a été restaurée tandis que d’autres vestiges ont progressivement été repris par la végétation tropicale.
L’île Saint-Joseph
L’île Saint-Joseph était principalement associée à la réclusion cellulaire. Les détenus sanctionnés ou considérés comme difficiles pouvaient y être enfermés dans des cellules individuelles. Les ruines des quartiers de réclusion, aujourd’hui partiellement envahies par les racines et la végétation, comptent parmi les vestiges les plus spectaculaires du bagne.
Saint-Joseph peut être visitée, mais son accès n’est pas aussi régulier que celui de Royale. Le débarquement dépend de la houle, des courants et de l’état de la mer. Une sortie vers les îles du Salut peut donc se limiter à Royale lorsque les conditions ne permettent pas d’accoster à Saint-Joseph.
L’île du Diable
L’île du Diable, en Guyane française, est la plus célèbre des trois alors qu’elle n’était qu’une partie du vaste système pénitentiaire guyanais. Elle fut notamment utilisée pour isoler des déportés politiques. Alfred Dreyfus y fut détenu de 1895 à 1899.
Contrairement aux deux autres îles, l’île du Diable ne se visite pas. Les courants, la houle et les difficultés d’accostage rendent le débarquement dangereux et l’accès au public demeure interdit. La maison dans laquelle Alfred Dreyfus fut détenu peut être aperçue depuis l’île Royale.
L’histoire de l’île du Diable et du bagne de Guyane

L’histoire pénitentiaire des îles s’inscrit dans celle du bagne colonial de Guyane, organisé à partir de 1852 sous le Second Empire de Napoléon III. L’administration pénitentiaire coloniale fonctionne ensuite pendant un siècle, jusqu’au retour en métropole des derniers condamnés en 1953. Sur l’ensemble de cette période, plus de 70 000 condamnés furent envoyés dans les différents établissements pénitentiaires de Guyane : les îles du Salut n’en représentaient qu’une partie.
Les détenus étaient répartis selon leur statut et le régime auquel ils étaient soumis. L’île Royale regroupait une grande partie des installations administratives et pénitentiaires. Saint-Joseph abritait notamment le quartier de réclusion cellulaire. L’île du Diable était surtout utilisée pour la déportation de détenus politiques et de prisonniers soumis à un isolement particulier.
Cette distinction est importante : l’expression « bagne de l’île du Diable » a fini par être employée dans la littérature et à l’étranger pour désigner l’ensemble du bagne de Guyane. De nombreux condamnés connus comme des « bagnards de l’île du Diable » n’ont donc pas passé toute leur peine, ni même nécessairement une partie de celle-ci, sur l’île elle-même.
Les conditions de détention variaient selon les établissements, les périodes et le statut des prisonniers. Maladies tropicales, travaux forcés, sous-alimentation, violences, réclusion et tentatives d’évasion ont provoqué une forte mortalité. L’isolement géographique rendait également les évasions particulièrement difficiles.
La peine ne s’arrêtait pas toujours avec la sortie du pénitencier. La loi du 30 mai 1854 imposait aux transportés un système surnommé le « doublage ». Lorsqu’une condamnation aux travaux forcés était inférieure à huit ans, le libéré devait normalement demeurer dans la colonie pendant une durée égale à sa peine. Pour une condamnation d’au moins huit ans, l’obligation de résidence pouvait devenir perpétuelle. Cette règle explique pourquoi de nombreux anciens forçats sont restés en Guyane après leur libération.
La transportation est supprimée en 1938. La liquidation du système pénitentiaire se poursuit toutefois pendant plusieurs années, notamment en raison de la Seconde Guerre mondiale. Le dernier rapatriement de condamnés intervient en 1953. Pour replacer cette période dans un cadre plus large, elle s’inscrit dans l’histoire de la Guyane coloniale et dans la politique française de transportation pénale outre-mer.
Alfred Dreyfus sur l’île du Diable
Alfred Dreyfus est le détenu le plus étroitement associé à l’ile du Diable. Capitaine d’artillerie, il est condamné pour trahison par un conseil de guerre en décembre 1894 à l’issue d’une procédure qui deviendra l’une des plus importantes erreurs judiciaires françaises. Il est publiquement dégradé le 5 janvier 1895 puis déporté en Guyane.
Dreyfus arrive sur l’île du Diable le 14 avril 1895. Il y est détenu seul sous une surveillance spécialement organisée autour de lui. Après la diffusion en 1896 d’une fausse information annonçant son évasion, les mesures de sécurité sont encore renforcées : palissades autour de sa case, multiplication des surveillants et restrictions supplémentaires de ses déplacements.
L’affaire prend une dimension nationale. Le 13 janvier 1898, Émile Zola publie dans le journal L’Aurore sa lettre ouverte au président de la République, intitulée J’accuse…!, dénonçant les conditions dans lesquelles Dreyfus a été condamné. La mobilisation des dreyfusards aboutit finalement à la cassation de son jugement et à son retour en France en juin 1899 pour un nouveau procès.
Dreyfus est de nouveau condamné à Rennes en septembre 1899, avec des circonstances atténuantes, avant d’être gracié quelques jours plus tard. Il faut attendre le 12 juillet 1906 pour que la Cour de cassation annule définitivement sa condamnation et reconnaisse son innocence.
La recherche « ile du diable Dreyfus » renvoie donc à un lieu de détention très précis, et non à l’ensemble du bagne. La maison de Dreyfus est toujours présente sur l’île du Diable et bénéficie d’une protection au titre des monuments historiques.
Les bagnards célèbres et les figures associées aux îles
Plusieurs bagnards célèbres ou déportés ont contribué à la réputation internationale du bagne de Guyane. Leurs parcours doivent cependant être distingués, car tous n’ont pas été détenus dans les mêmes établissements.
| Nom | Période ou repère | Lien avec les îles du Salut |
|---|---|---|
| Alfred Dreyfus | 1895-1899 | Déporté sur l’île du Diable |
| Benjamin Ullmo | À partir de 1908 | Officier de marine condamné pour trahison et détenu pendant de longues années sur l’île du Diable |
| Guillaume Seznec | À partir de la fin des années 1920 | Détenu notamment sur l’île Royale ; son nom est fréquemment associé au bagne des îles du Salut |
| Henri Charrière, dit « Papillon » | Années 1930-1940 | Transporté en Guyane et passé par les îles du Salut ; son récit autobiographique a fortement contribué au mythe de l’île du Diable |
| René Belbenoît | Années 1920-1930 | Forçat et évadé devenu l’un des principaux témoins publiés du système pénitentiaire guyanais |
Guillaume Seznec, condamné aux travaux forcés à perpétuité en 1924 dans l’affaire Quéméneur, passa une partie importante de sa détention sur l’île Royale. Il est donc inexact de le présenter simplement comme un prisonnier de l’île du Diable elle-même.
Henri Charrière, surnommé « Papillon », devient beaucoup plus célèbre après la publication de Papillon en 1969. Son récit décrit le bagne, les tentatives d’évasion et un passage sur l’île du Diable. Les recherches historiques ont montré que le livre mêle expériences personnelles, épisodes transformés et récits attribuables à d’autres prisonniers. Il demeure néanmoins l’œuvre qui a le plus contribué à diffuser dans le monde l’image de « Devil’s Island ».
Le livre est adapté au cinéma en 1973 avec Steve McQueen et Dustin Hoffman, puis fait l’objet d’une nouvelle adaptation en 2017. L’île du Diable devient ainsi une icône carcérale dépassant largement l’histoire de la Guyane.
René Belbenoît participe lui aussi à cette notoriété internationale. Après plusieurs tentatives d’évasion, il parvient à quitter la région et gagne finalement les États-Unis. Son ouvrage Dry Guillotine, publié en anglais en 1938, décrit les conditions du bagne et contribue à leur dénonciation. La disparition du système pénitentiaire ne peut toutefois pas être attribuée à un seul témoignage : la transportation est légalement supprimée en 1938, après plusieurs décennies de critiques et d’enquêtes sur les bagnes coloniaux.
L’île du Diable dans la culture populaire
L’île du Diable est devenue dans la littérature et le cinéma le symbole de l’ensemble du bagne de Guyane. Cette simplification explique pourquoi des personnages détenus sur l’île Royale, à Saint-Joseph, à Saint-Laurent-du-Maroni ou dans d’autres camps continentaux sont régulièrement présentés comme des prisonniers de « Devil’s Island ».
L’affaire Dreyfus tient une place particulière dans cette mémoire. La détention du capitaine sur l’île, son isolement et la campagne menée en France pour faire reconnaître son innocence ont produit une abondante littérature historique, théâtrale et cinématographique. La lettre J’accuse…! de Zola reste l’un des textes les plus célèbres associés à cette affaire.
Papillon a créé une autre représentation de l’île du Diable en Guyane, centrée sur les évasions et l’aventure. La réalité historique est plus complexe : le système pénitentiaire comprenait de nombreux camps et les trajectoires des condamnés pouvaient les conduire d’un établissement à l’autre.
Le paysage de l’île du Diable
L’archipel est d’origine volcanique et sa superficie totale dépasse à peine un kilomètre carré. L’île du Diable est un petit îlot rocheux couvert d’une végétation tropicale dense, notamment de cocotiers. Ses côtes abruptes, la houle et les forts courants qui circulent entre les îles ont longtemps constitué une barrière naturelle contre les évasions.
Les témoignages historiques évoquent également les requins présents dans les eaux de l’archipel, élément qui a largement alimenté la réputation du bagne. Les difficultés réelles de navigation étaient cependant déjà suffisantes pour isoler l’île : les conditions actuelles d’accostage expliquent encore aujourd’hui son interdiction au public.
À l’époque pénitentiaire, un câble aérien reliait l’île du Diable à l’île Royale, située à environ 250 mètres. Ce dispositif servait notamment à transporter des vivres et du petit matériel. Contrairement à une information parfois reprise, ce câble ne reliait pas l’île du Diable à Saint-Joseph.
Après l’abandon du bagne, la végétation a progressivement recouvert une partie des bâtiments, chemins et murs. Sur Royale et Saint-Joseph, de nombreux vestiges restent visibles au milieu des palmiers et de la forêt littorale. L’île du Diable conserve notamment la maison associée à Alfred Dreyfus, mais son observation se fait à distance.
Visiter l’île du Diable et les îles du Salut
Il n’est pas possible de débarquer sur l’île du Diable. L’accostage y est interdit en raison des conditions maritimes et des contraintes de sécurité. Une visite des « îles du Salut » signifie donc en pratique une visite de l’île Royale et, lorsque la mer le permet, de l’île Saint-Joseph. L’île du Diable est observée depuis Royale ou depuis un bateau.
La confusion est fréquente parce que des excursions sont commercialement présentées comme des sorties vers « l’île du Diable » ou « les îles du Salut ». Cela ne signifie pas que leurs passagers sont autorisés à débarquer sur le célèbre îlot.
Comment rejoindre l’archipel ?
Les départs pour les îles du Salut se font depuis Kourou, notamment dans le secteur de la Pointe des Roches. Le trajet jusqu’à l’île Royale s’effectue uniquement par bateau et demande généralement environ une heure. La durée réelle varie selon le type d’embarcation et l’état de la mer.
| Point pratique | Information |
|---|---|
| Départ | Kourou |
| Transport | Bateau |
| Traversée | Environ une heure jusqu’à Royale |
| Île Royale | Accessible au public |
| Île Saint-Joseph | Débarquement possible selon les conditions de mer |
| Île du Diable | Accostage interdit au public |
| Nuit sur l’archipel | Hébergement possible sur l’île Royale |
Peut-on dormir sur les îles du Salut ?
Il est possible de passer une nuit sur l’île Royale, qui concentre les infrastructures d’hébergement et de restauration de l’archipel. Cette possibilité permet de rester sur place après le départ des visiteurs venus uniquement pour la journée. L’île du Diable ne dispose d’aucun hébergement touristique accessible au public.
Peut-on se baigner autour des îles ?
La baignade ne doit pas être pratiquée librement autour de l’île du Diable : les courants qui rendent l’accostage dangereux rendent également la mise à l’eau inadaptée. Royale et Saint-Joseph possèdent en revanche des secteurs protégés traditionnellement appelés « piscines des bagnards ». L’état de la mer et les consignes locales doivent toujours être pris en compte.
Les îles peuvent-elles être fermées temporairement ?
Oui. Les îles du Salut se trouvent sous la trajectoire de certains lancements effectués depuis le Centre spatial guyanais. Pour garantir la sécurité des personnes, elles peuvent être évacuées et la navigation dans le secteur interdite temporairement par arrêté préfectoral autour d’un tir. Un report de lancement peut également prolonger ces restrictions.
Questions fréquentes sur l’île du Diable et les îles du Salut
Peut-on visiter l’île du Diable ?
Non. L’île du Diable est interdite d’accostage au public en raison des courants, de la houle et des difficultés de débarquement. Elle peut être observée depuis l’île Royale ou depuis la mer. Une excursion vers l’archipel ne donne donc pas automatiquement accès à l’île du Diable elle-même.
Quelles sont les trois îles du Salut ?
Les trois îles du Salut sont l’île Royale, l’île Saint-Joseph et l’île du Diable. Royale est la plus importante pour l’accueil des visiteurs, Saint-Joseph conserve notamment les ruines du quartier de réclusion et l’île du Diable est connue pour la détention d’Alfred Dreyfus.
Qui a été détenu sur l’île du Diable ?
Alfred Dreyfus y fut détenu d’avril 1895 à juin 1899. L’officier de marine Benjamin Ullmo y fut également emprisonné à partir de 1908. D’autres noms célèbres du bagne, comme Guillaume Seznec, Henri Charrière ou René Belbenoît, sont associés aux îles du Salut et au système pénitentiaire guyanais, mais leurs parcours ne doivent pas être confondus avec celui de Dreyfus sur l’île du Diable.
Comment se rendre aux îles du Salut ?
Les îles du Salut sont accessibles en bateau depuis Kourou. La traversée jusqu’à l’île Royale dure environ une heure. Royale constitue le principal point de débarquement ; l’accès à Saint-Joseph dépend des conditions de navigation et aucun débarquement touristique n’est autorisé sur l’île du Diable.

