Après deux années de recul, l’économie guyanaise a renoué avec la croissance en 2025. Le produit intérieur brut a progressé de 3,9 % en volume, contre une baisse de 1,6 % en 2023 et de 1,1 % en 2024.
Ce résultat est nettement supérieur à la croissance nationale, limitée à 0,8 %. Il ne signifie toutefois pas que toutes les entreprises guyanaises ont connu une forte amélioration de leur activité. La reprise repose principalement sur le redémarrage du spatial, la consommation des ménages, le tourisme et certaines activités de services. La construction et la commande publique restent en difficulté.
Le spatial, principal moteur de la croissance
La reprise du Centre spatial guyanais explique une grande partie du rebond économique. Après deux années de transition, le site de Kourou a réalisé sept lancements en 2025 :
- Quatre lancements d’Ariane 6.
- Trois lancements de Vega-C.
Cette activité a provoqué une hausse de 76,1 % des exportations de biens et de services en volume. À lui seul, le spatial représentait 58,2 % de la valeur totale des exportations guyanaises en 2025.
Le secteur profite directement aux entreprises participant à la préparation des lancements, à l’ingénierie, à la maintenance, à la sécurité ou à la construction des installations. Les effets s’étendent également à d’autres activités :
- Les transports et la logistique.
- Les services scientifiques et techniques.
- La maintenance industrielle.
- Le nettoyage et la sécurité.
- L’hébergement et la restauration.
- La location de véhicules.
- Le commerce autour de Kourou.
La montée en puissance devrait se poursuivre. Le Centre spatial guyanais prévoyait entre dix et onze lancements en 2026, dont huit Ariane 6 et trois Vega-C.
Une croissance très dépendante des exportations
Les exportations ont apporté environ neuf points à la croissance en 2025. Sans leur hausse exceptionnelle, principalement liée au spatial, le bilan économique aurait été beaucoup moins favorable.
Les importations ont également progressé de 7,8 %, notamment en raison des équipements nécessaires aux activités spatiales. Comme les importations sont soustraites du calcul du PIB, elles ont limité l’effet positif des exportations.
| Composante de l’économie | Évolution en 2025 | Contribution à la croissance |
| Exportations | +76,1 % | +9 points |
| Consommation des ménages | +3,0 % | +1,8 point |
| Consommation publique | -1,9 % | -1,1 point |
| Investissement | -2,1 % | -0,6 point |
| Importations | +7,8 % | -4,9 points |
Ces chiffres montrent que le taux de 3,9 % repose sur quelques moteurs puissants, compensés par plusieurs facteurs défavorables.
Les services marchands progressent
En dehors du spatial, le secteur tertiaire marchand est l’un des principaux bénéficiaires de l’amélioration économique. En 2025, le nombre d’heures rémunérées y a augmenté de 2,1 %.
Plusieurs activités ont particulièrement progressé :
- Le transport et l’entreposage : +4,6 %.
- L’hébergement et la restauration : +3,6 %.
- Le commerce : +2,0 %.
- Les services aux entreprises : +1,7 %.
Les créations d’emplois ont suivi la même tendance. L’emploi a notamment augmenté de 4,7 % dans l’hébergement-restauration, de 4,2 % dans les transports et de 2,4 % dans les services aux entreprises.
La progression de ces activités s’explique à la fois par la reprise du spatial, l’amélioration du tourisme et la hausse de la consommation des ménages.
Le tourisme confirme son redressement
Le tourisme fait partie des secteurs bien orientés. En 2025, la fréquentation touristique a progressé de 7 %, tandis que le trafic aérien a augmenté de 5,5 %.
Les dépenses réalisées par les visiteurs ont augmenté de 6,8 % en volume. Elles représentaient 10,1 % de la valeur des exportations guyanaises. La dépense moyenne atteignait 1 741 euros par touriste de séjour.
Cette moyenne élevée s’explique notamment par l’importance du tourisme d’affaires, en partie lié au Centre spatial guyanais. Les hôtels, restaurants, transporteurs, agences de voyages et prestataires de loisirs profitent donc directement ou indirectement de la reprise spatiale.
La croisière présente en revanche un bilan moins favorable. La Guyane a accueilli 8 300 croisiéristes en 2025, contre 9 200 l’année précédente.
Une tendance qui se poursuit en 2026
Au premier trimestre 2026, les hôtels guyanais ont enregistré 109 000 nuitées, soit une hausse de 5,8 % sur un an. Le tourisme de loisirs progressait de 10,4 % et le tourisme d’affaires de 3,7 %.
La fréquentation reste cependant très dépendante de la clientèle venant de France, qui représente environ neuf nuitées sur dix. La clientèle étrangère a reculé de 7,7 % au cours de cette période.
La consommation soutient les commerces
La consommation des ménages a augmenté de 3 % en volume en 2025, contre 1,9 % en 2024. Elle a contribué à hauteur de 1,8 point à la croissance du territoire.
Cette progression s’explique notamment par le ralentissement de l’inflation. La hausse des prix est passée de 3 % en 2024 à 1,5 % en 2025. Les prix de l’énergie ont reculé de 6,4 %, principalement grâce à la baisse des tarifs de l’électricité.
Les prix alimentaires ont continué d’augmenter, mais moins rapidement : +2,6 %, contre +4,9 % en 2024. Les prix des services ont en revanche accéléré de 3,6 %.
L’amélioration du pouvoir d’achat a soutenu le commerce, la restauration, les services aux ménages et certains achats d’équipements. Les commerçants restent néanmoins confrontés au coût élevé des importations et à une forte sensibilité des consommateurs aux prix.
L’industrie profite aussi de la reprise
L’industrie ne se limite pas au secteur spatial. En 2025, les heures rémunérées ont progressé de 2,9 % dans l’ensemble de l’industrie et l’emploi salarié de 3 %.
Les évolutions les plus favorables concernent :
- L’industrie agroalimentaire, avec une hausse de 8,4 % de l’emploi.
- L’énergie, l’eau et la gestion des déchets, avec une hausse de 4,6 %.
- La fabrication de biens d’équipement.
- Les activités industrielles liées au spatial.
Hors spatial, les exportations ont progressé de 10,3 %. Les exportations de produits manufacturés ont augmenté de 32,8 % en volume.
Cette évolution montre que certaines entreprises industrielles locales bénéficient également de la reprise. Leur poids reste toutefois limité par rapport à celui du spatial et des services.
Les grands projets soutiennent l’investissement privé
L’investissement privé a progressé de 14,7 % en valeur en 2025. Cette hausse est notamment liée à plusieurs projets énergétiques importants :
- La centrale de bioénergie du Larivot, représentant un investissement annoncé de 600 millions d’euros.
- La centrale biomasse de Sinnamary, représentant environ 145 millions d’euros.
Les encours de crédits d’investissement accordés aux entreprises ont également augmenté de 8,3 %.
Les secteurs de l’énergie, de l’ingénierie, de la maintenance industrielle, des travaux spécialisés et de l’environnement peuvent profiter de ces projets. La hausse reste cependant concentrée sur quelques investissements de grande taille et ne reflète pas nécessairement la situation de toutes les petites entreprises.
La construction reste le principal secteur en difficulté
Le BTP ne profite pas pleinement de la reprise. L’investissement dans la construction a diminué de 10,7 % en volume en 2025.
Cette baisse s’explique principalement par deux facteurs :
- Le recul de 9,2 % de l’investissement public en valeur.
- La diminution de l’investissement privé dans le logement.
Le nombre d’heures rémunérées dans la construction a reculé de 1 % sur l’ensemble de l’année. Au quatrième trimestre 2025, la baisse atteignait 3,1 % sur un an.
La situation est contrastée. Les effectifs salariés sont restés globalement stables après une forte progression en 2024, mais les entreprises dépendantes de la commande publique, du logement neuf ou des grands travaux ont subi un ralentissement de leur activité.
Une légère amélioration apparaît au premier trimestre 2026, avec un redémarrage de l’activité dans la construction. Cette évolution reste encore trop récente pour confirmer une reprise durable du BTP.
Les administrations publiques contribuent négativement à la croissance
La consommation des administrations publiques a diminué de 1,9 % en volume en 2025. Elle a retiré 1,1 point à la croissance.
Les dépenses des administrations ont reculé de 6,9 % en volume et l’emploi public de 0,3 %. La baisse est particulièrement visible dans l’administration publique, où les effectifs ont diminué de 2,5 %.
Certains services publics continuent néanmoins de recruter :
- La santé humaine : +2,2 % d’emplois.
- L’action sociale et l’hébergement médico-social : +4,4 %.
- L’enseignement : +0,7 %.
La santé et l’action sociale restent donc porteuses, mais elles évoluent dans un contexte de maîtrise des dépenses publiques.
Les minerais et l’or ne participent pas à la reprise
Les exportations de minerais ont chuté de 47,4 % en volume en 2025. Le secteur extractif ne fait donc pas partie des principaux bénéficiaires du rebond économique.
L’agriculture a enregistré une hausse de 3,6 % de l’emploi salarié, mais son poids reste faible dans l’économie formelle. Son évolution ne suffit pas à influencer fortement le taux de croissance global.
Quels secteurs profitent le plus de la croissance ?
| Secteur | Situation | Principaux moteurs |
| Spatial | Très forte reprise | Sept lancements et montée en puissance d’Ariane 6 |
| Transport et logistique | En progression | Spatial, importations et trafic aérien |
| Tourisme | En progression | Tourisme d’affaires, loisirs et hausse du trafic aérien |
| Commerce | En progression modérée | Consommation des ménages et ralentissement de l’inflation |
| Industrie | Bien orientée | Spatial, agroalimentaire, énergie, eau et déchets |
| Énergie | Investissements importants | Projets de bioénergie et de biomasse |
| Santé et action sociale | Créations d’emplois | Besoins démographiques et sanitaires |
| Construction | En difficulté | Baisse de la commande publique et du logement |
| Administration publique | En recul | Réduction des dépenses et des effectifs |
| Extraction minière | En recul | Forte baisse des exportations de minerais |
Une croissance qui ne règle pas le problème du chômage
L’emploi salarié a augmenté de 1 % en 2025, avec des créations dans le commerce, le tourisme, les transports, les services aux entreprises et l’industrie.
Cette progression reste insuffisante face à l’arrivée de nombreux jeunes sur le marché du travail. Le taux de chômage annuel s’est maintenu autour de 17 % en 2025.
Au premier trimestre 2026, l’activité économique mesurée par les heures rémunérées progressait encore de 2,2 % sur un an et l’emploi salarié de 1,4 %. Le taux de chômage trimestriel atteignait toutefois 19,3 %. Cette estimation doit être interprétée avec prudence, les données trimestrielles étant plus variables dans les départements d’outre-mer.
Une reprise réelle mais encore déséquilibrée
La croissance de 3,9 % constitue une amélioration importante après deux années de recul. Elle repose cependant largement sur le retour des lancements au Centre spatial guyanais.
Le spatial entraîne dans son sillage le transport, la logistique, l’industrie, les services techniques, l’hôtellerie et une partie du tourisme d’affaires. La consommation des ménages, le commerce, l’agroalimentaire et les investissements énergétiques complètent cette dynamique.
À l’inverse, le BTP, la commande publique, l’administration et l’extraction minière restent fragiles. La hausse du PIB ne se traduit pas non plus par une baisse immédiate du chômage.
Le principal enjeu pour la Guyane consiste désormais à transformer la reprise spatiale en croissance plus diversifiée. Le développement du tourisme, de l’énergie, de l’industrie locale, du numérique et de l’agroalimentaire pourrait permettre à davantage d’entreprises et de salariés de bénéficier durablement de l’amélioration économique.

